Financement des entreprises : crédits, taux et accès en chiffres

Paul Garnier
Paul Garnier
23.10.2026
•
2 min
Deux hommes d'affaires engagés dans une conversation professionnelle à l'intérieur

Pour un dirigeant qui prépare une demande de financement professionnel, le contexte reste porteur. En 2025, les banques ont accordé 353 milliards d'euros de crédits nouveaux aux entreprises, contre 324 milliards en 2024. Ce rebond intervient alors que les taux demeurent au-dessus de leur niveau d'avant 2022.

Les premiers chiffres de 2026, arrêtés à fin août, prolongent cette dynamique. Ils montrent aussi des signaux de tension : défaillances élevées, hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE) et nouvelles exigences réglementaires pour les banques.

La santé financière des entreprises en 2025

Le taux de marge des entreprises

Le taux de marge rapporte l'excédent brut d'exploitation (EBE) à la valeur ajoutée. Il mesure ce qui reste à l'entreprise une fois payés les salaires et les impôts de production. En 2025, il progresse pour toutes les tailles d'entreprise et dépasse partout son niveau de 2019. Les très petites entreprises (TPE) atteignent 34%, les petites et moyennes entreprises (PME) 25% et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) 27%.

Taux de marge 2019 2024 2025
Microentreprises (TPE) 28% 31% 34%
PME (hors microentreprises) 21% 23% 25%
ETI 24% 26% 27%

Les causes diffèrent selon la taille. Pour les TPE, la hausse tient surtout à la baisse du poids des charges de personnel. Les ETI ont davantage profité de la réforme des impôts de production, ces taxes dues quel que soit le résultat de l'entreprise, dont la baisse a surtout porté sur la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).

Fonds propres, endettement et charges d'intérêts

Selon la Banque de France, les fonds propres des entreprises ont progressé de 7% pour les TPE, de 4% pour les PME et de 2% pour les ETI. Le taux d'endettement brut, qui rapporte la dette financière aux capitaux propres, recule donc dans les trois catégories. Ces chiffres portent sur un échantillon d'entreprises suivies en 2024 et 2025 : les données définitives sont attendues fin 2026.

Le poids des intérêts s'allège nettement. Les charges d'intérêts ne représentent plus que 3.5% de la valeur ajoutée des PME, contre 6% un an plus tôt. Pour les ETI, ce ratio passe de 13% à 10%. La trésorerie médiane des PME a par ailleurs augmenté de 22% entre 2019 et 2025.

Ces ratios pèsent directement dans l'analyse d'un dossier par la banque. Des fonds propres solides et une trésorerie confortable améliorent la cotation de l'emprunteur, c'est-à-dire la note de solidité financière que lui attribue la banque ou la Banque de France. Un projet sans apport reste finançable, mais il exige un montage plus travaillé, comme dans le cas d'une reprise d'entreprise sans apport.

Le volume de crédits accordés aux entreprises

La production de crédits nouveaux : 353 milliards d'euros en 2025

La production de crédits nouveaux mesure les prêts accordés sur une année. Après le creux provoqué par la hausse des taux de 2022-2023, elle repart :

  • 373 Md€ en 2022 ;
  • 315 Md€ en 2023 ;
  • 324 Md€ en 2024 ;
  • 353 Md€ en 2025.

La tendance se confirme en 2026. En août, les banques ont accordé 31.1 milliards d'euros de crédits nouveaux aux entreprises, soit environ 1 milliard par jour. Ce niveau reste au-dessus de la moyenne des quatre dernières années.

L'encours de crédits par type de financement

À fin août 2026, l'encours de crédits (le montant total restant à rembourser) des sociétés non financières, c'est-à-dire des entreprises hors banques et assurances, atteint 1 437 milliards d'euros. Il progresse de 3.8% sur un an et de 60% en dix ans. Contrairement à la plupart de ses voisins européens, la France n'a pas connu de resserrement brutal du crédit (credit crunch) sur la décennie.

La ventilation par objet révèle toutefois un net décalage :

  • crédits d'investissement : 1 062 Md€, en hausse de 4.5% ;
  • crédits de trésorerie : 292 Md€, en léger recul (-0.2%) ;
  • autres crédits : 83 Md€, en hausse de 10.6%.

Les banques financent volontiers un projet d'investissement : équipement, locaux ou acquisition via un montage LBO, un rachat d'entreprise financé en grande partie par de la dette. Le financement du besoin en fonds de roulement (BFR) progresse peu. Le BFR correspond aux sommes que l'entreprise doit avancer entre ses dépenses et l'encaissement de ses ventes, par exemple pour ses stocks ou les délais de paiement de ses clients.

Le crédit bancaire ne finance pas tout : sur 2 185 milliards d'euros de financement total des entreprises, 755 milliards passent par les marchés financiers, sous forme d'obligations et de titres de dette. Ce canal reste surtout utilisé par les grandes entreprises.

Les taux des crédits aux entreprises en France et en zone euro

En août 2026, le taux moyen des nouveaux crédits aux PME s'établit à 3.64% en France, contre 4.03% en zone euro. Ce chiffre porte sur les prêts de moins d'un million d'euros dont le taux est fixé pour moins d'un an, comme les crédits courts ou à taux variable. Il ne correspond donc pas au taux d'un prêt d'équipement amorti sur sept ans.

L'écart tient en partie à la structure de la dette française. Les entreprises empruntent majoritairement à taux fixe et sur des durées longues. La remontée des taux de 2022-2023 ne s'est donc répercutée que progressivement sur leurs charges, à mesure que les anciens prêts arrivaient à échéance. Le taux fixe protège l'emprunteur, mais il étale aussi la hausse dans le temps.

Le coût apparent de la dette, soit les charges d'intérêts rapportées à la dette totale, reste supérieur à son niveau de 2021. Il continue même d'augmenter légèrement pour les PME, dont les prêts anciens à taux bas sont peu à peu remplacés. Il recule en revanche pour les ETI, qui empruntent davantage à taux variable, à court terme ou sur les marchés.

Indicateur France Zone euro
Taux moyen des nouveaux crédits aux PME (août 2026) 3.64% 4.03%
PME ayant obtenu l'essentiel du crédit demandé (S2 2025) 76% 67%

L'accès au crédit des TPE et PME

Près de 1.3 million de TPE et PME sont financées par le crédit bancaire. Leur encours atteint 550 milliards d'euros à fin août 2026, soit près de la moitié des crédits aux entreprises.

Le taux d'obtention des crédits pour les TPE

Au deuxième trimestre 2026, 94% des TPE qui ont demandé un crédit d'investissement l'ont obtenu. La Banque de France compte comme obtenu un crédit accordé en totalité ou à plus de 75% du montant demandé. Un prêt réduit d'un cinquième entre donc bien dans la statistique.

Ce taux concerne aussi les indépendants, dont les professions libérales qui empruntent pour s'installer ou s'équiper. Pour eux, le crédit d'investissement reste la porte d'entrée la plus accessible du financement bancaire.

Le taux d'obtention des crédits pour les PME

D'après l'enquête SAFE (Survey on the Access to Finance of Enterprises) de la BCE, 76% des PME françaises ont obtenu la totalité ou l'essentiel du crédit demandé au second semestre 2025. La moyenne de la zone euro s'établit à 67%. La France se place ainsi parmi les pays où l'accès des PME au crédit bancaire est le plus favorable.

L'enquête trimestrielle de la Banque de France nuance ce tableau selon l'objet du prêt. Au deuxième trimestre 2026, 96% des PME ont obtenu leur crédit d'investissement, mais seulement 83% leur crédit de trésorerie. L'écart confirme qu'un besoin de trésorerie se finance plus difficilement qu'un projet.

Les limites des taux d'obtention

Ces statistiques ne portent que sur les demandes effectivement déposées. Elles ignorent les dirigeants qui renoncent à solliciter leur banque, par crainte d'un refus. Elles ne disent rien non plus des garanties exigées, comme la caution personnelle du dirigeant, ni des délais d'instruction.

Un taux d'obtention de 94% mesure les dossiers acceptés parmi ceux qui ont été déposés, pas la facilité d'accès au crédit. La préparation du dossier reste un facteur décisif.

Les éléments qui renforcent une demande de crédit

  • un prévisionnel chiffré, cohérent avec l'historique de l'entreprise ;
  • un apport en fonds propres proportionné au projet ;
  • des garanties adaptées, par exemple celles de Bpifrance ou d'une société de caution mutuelle, un organisme qui se porte garant de l'emprunteur auprès de la banque ;
  • la mise en concurrence de plusieurs établissements.

Un dossier complet dès le dépôt évite aussi les allers-retours, ce qui compte quand il faut obtenir un prêt professionnel rapidement. Un besoin de trésorerie se négocie mieux lorsqu'il est anticipé que dans l'urgence.

Le PGE et la médiation du crédit

Le remboursement des PGE

Le prêt garanti par l'État (PGE) a bénéficié à environ 686 000 entreprises, pour 144.5 milliards d'euros, l'essentiel au printemps 2020. Plus de 80% des montants sont allés aux TPE et aux PME.

Six ans plus tard, le dispositif est presque soldé. À fin août 2026, les TPE, PME et ETI ont remboursé plus de 123 milliards d'euros, soit 95% du total. L'encours restant s'élève à 5.8 milliards. Les grandes entreprises ont, elles, remboursé 99% de leurs PGE.

Les pertes restent contenues. Les appels en garantie, c'est-à-dire les sommes versées par l'État aux banques pour des PGE non remboursés, atteignent 7.09 milliards d'euros, soit 4.88% des montants accordés. Seuls 2% des dirigeants de TPE et de PME craignent encore des difficultés de remboursement.

La médiation du crédit en cas de refus

La médiation du crédit est un service gratuit et confidentiel mis en œuvre par la Banque de France. Elle intervient notamment après un refus de crédit ou une réduction de ligne de financement. Au total, 105 médiateurs territoriaux couvrent la métropole et l'outre-mer.

Les saisines reculent. Au second semestre 2025, la médiation a recensé 492 demandes éligibles, contre 621 un an plus tôt. Les dossiers liés à une restructuration de PGE, c'est-à-dire un étalement de ses remboursements, représentent 15% des cas. Pour une entreprise en difficulté de remboursement, mieux vaut saisir le médiateur dès les premiers signaux.

Les risques pour le crédit aux entreprises

La hausse des défaillances d'entreprises

Le nombre de défaillances d'entreprises, soit les ouvertures de redressement ou de liquidation judiciaire, atteint 70 766 sur douze mois à fin août 2026. Il dépasse depuis plusieurs mois sa moyenne de 2010-2019, soit 59 342 par an. Pendant la crise sanitaire, les mesures de soutien l'avaient ramené autour de 28 000.

Ce niveau doit être rapporté au nombre d'entreprises. Selon l'Insee, les créations d'entreprises dépassent 1.2 million sur douze mois à fin août 2026, micro-entrepreneurs compris. Pour un emprunteur, la hausse des défaillances peut toutefois se traduire par un examen plus attentif des dossiers dans les secteurs fragilisés.

La remontée des taux de la BCE

Les banques interrogées par la BCE signalent un tassement des demandes de prêts des entreprises. La BCE a relevé ses taux en juin puis en septembre 2026, ce qui porte le taux de la facilité de dépôt à 2.50%. Ce taux, qui rémunère les dépôts des banques auprès de la BCE, sert de référence au coût du crédit. Sa remontée, ajoutée à l'incertitude géopolitique et commerciale, incite les dirigeants à différer certains projets.

Bâle 3 : les nouvelles exigences de fonds propres des banques

Depuis le 1er janvier 2025, les banques européennes appliquent la transposition finale des accords de Bâle 3, les normes internationales qui fixent le niveau minimum de fonds propres des banques. Selon l'Autorité bancaire européenne (EBA), les exigences en capital des grandes banques internationales augmentent de 15% en moyenne. Ce surcroît de fonds propres peut limiter les volumes de crédit ou en renchérir le coût.

Certains financements sont plus exposés que d'autres :

  • les prêts aux entreprises sans notation externe (aucune note attribuée par une agence de notation), soit la majorité des PME ;
  • les lignes de crédit confirmées, que la banque s'engage à prêter à la demande de l'entreprise ;
  • le financement du commerce international ;
  • les financements spécialisés, comme le financement de grands projets ou d'actifs (avions, navires).

La Commission européenne a ouvert une révision de ces règles de solidité bancaire, avec des propositions attendues au premier trimestre 2027. D'ici là, l'effet sur les conditions de crédit des PME reste difficile à chiffrer.

Ce qu'il faut retenir

  • Un contexte favorable, mais pas acquis. La hausse des taux de la BCE, le niveau élevé des faillites d'entreprises et les nouvelles exigences de fonds propres imposées aux banques peuvent durcir les conditions de crédit d'ici 2027.
  • Un projet se finance plus facilement qu'un découvert. Les banques suivent l'investissement, beaucoup moins la trésorerie. Un besoin de trésorerie, comme le financement des stocks ou des délais de paiement clients, s'anticipe et se négocie avant de devenir urgent.
  • Une statistique ne vaut pas accord. Les taux d'obtention publiés ne comptent que les demandes déposées et ignorent les garanties exigées : la qualité du dossier fait la différence.
  • Le taux fixe garde son intérêt pour les PME, dont le coût moyen de la dette continue d'augmenter à mesure que leurs anciens prêts à taux bas arrivent à échéance.

La révision des règles bancaires européennes, attendue en 2027, dira si le modèle français, fondé sur le crédit à taux fixe et l'analyse de la solvabilité de l'emprunteur, est préservé.

Questions fréquentes sur le financement des entreprises

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Paul Garnier
Paul Garnier
Paul Garnier travaille chez Auguste Crédit en tant qu'expert en financement, et rédige des contenus pédagogiques afin d'éclairer les lecteurs sur tous les sujets de crédits : SCPI, senior, lombard...
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Combien de crédits ont été accordés aux entreprises en 2025 ?

Les crédits accordés aux entreprises en 2025 atteignent 353 milliards d'euros de production nouvelle, contre 324 milliards en 2024. L'encours total s'élève à 1 437 milliards d'euros à fin août 2026, en hausse de 3.8% sur un an.

Quel est le taux moyen d'un crédit aux PME ?

Le taux moyen d'un crédit aux PME s'établit à 3.64% en France en août 2026, contre 4.03% en zone euro. Ce chiffre concerne les nouveaux prêts de moins d'un million d'euros dont le taux est fixé pour moins d'un an. Un crédit d'investissement à taux fixe sur plusieurs années affiche un taux différent, selon sa durée et le profil de l'emprunteur.

Les TPE ont-elles facilement accès au crédit ?

Les TPE ont accès au crédit dans une large majorité des cas : 94% ont obtenu leur crédit d'investissement au deuxième trimestre 2026, en totalité ou à plus de 75%. Ce taux ne porte toutefois que sur les demandes déposées, et l'encours des crédits de trésorerie stagne.

Que faire en cas de refus de crédit ?

En cas de refus de crédit, une entreprise peut saisir la médiation du crédit de la Banque de France, un service gratuit et confidentiel. Le médiateur examine le dossier avec les établissements concernés pour rechercher une solution. Il reste aussi possible de solliciter d'autres banques ou de renforcer la demande par une garantie.

Louis
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