Les petites et moyennes entreprises (PME) exposées à de fortes chaleurs obtiennent moins de crédit que des entreprises comparables, et cet écart dure plusieurs années. C'est le résultat d'une étude de la Banque de France publiée le 22 octobre 2026. En plus du bilan, de la rentabilité et de la notation, les banques tiennent donc compte, au moins en partie, du climat du territoire. Pour un dirigeant qui prépare une demande de crédit professionnel, la localisation de l'activité devient un critère de financement.
Contrairement aux statistiques globales de crédit suivies dans le baromètre Banque de France de juillet 2026, cette étude isole la part de la décision bancaire liée à la température.
Méthode de l'étude de la Banque de France
Données et période étudiées (2011-2023)
L'étude couvre la période 2011-2023. Elle porte sur des PME françaises à établissement unique, c'est-à-dire exploitées sur un seul site. Chaque entreprise est ainsi rattachée à un lieu précis, et donc à une température.
Trois sources sont croisées :
- les relevés de température de Météo-France ;
- la centrale des risques de la Banque de France, le fichier où les banques déclarent les crédits accordés à chaque entreprise ;
- les données comptables des entreprises.
La méthode compare des entreprises voisines, de même taille et du même secteur, à une même date. Leurs besoins de financement sont donc comparables. L'écart de crédit observé reflète alors l'offre des banques, et non une baisse de la demande des entreprises.
Risque aigu et risque chronique : définitions
Le risque aigu correspond aux épisodes de forte chaleur. Il se mesure au nombre de jours où la température atteint 35 °C ou plus. Le risque chronique correspond au réchauffement durable : l'écart entre la température annuelle moyenne et celle de la période de référence 1976-2005.
Dans les deux cas, l'étude retient les expositions les plus sévères : les 10% d'écarts les plus forts.
Baisse du crédit aux PME exposées : les chiffres
À exposition sévère, la croissance du crédit accordé aux PME ralentit quelques années après le choc. La baisse est exprimée en points de pourcentage : c'est l'écart entre la croissance du crédit d'une PME exposée et celle d'une entreprise comparable non exposée.
En valeur absolue, la baisse équivaut à une année entière de croissance moyenne du crédit aux PME sur la période 2017-2019. L'exposition à la chaleur peut donc effacer un an de progression du financement.
Le risque chronique pèse plus longtemps, car les banques semblent percevoir une série de journées très chaudes comme en partie temporaire. Une hausse durable des températures moyennes les conduit en revanche à revoir les perspectives de l'entreprise elle-même.
Selon la Banque de France, « sous l'effet de la température, les banques modifient la distribution du crédit à la baisse ». L'effet est significatif, mais encore limité en proportion.
Secteurs et régions les plus touchés
Secteurs sensibles aux deux risques : commerce, restauration, industrie
Certains secteurs réagissent à la fois au réchauffement durable et aux vagues de chaleur :
- le commerce et le transport ;
- la restauration et les loisirs ;
- les industries manufacturières et minières.
Ces activités dépendent directement des conditions extérieures : la chaleur pèse sur la fréquentation, les conditions de travail ou les coûts de production.
Secteurs sensibles surtout aux vagues de chaleur : construction, immobilier, services
L'immobilier, la construction et les services sont touchés surtout par les épisodes aigus. Une vague de chaleur peut y interrompre un chantier ou réduire l'activité pendant quelques semaines. La hausse lente des températures moyennes y pèse moins nettement sur le crédit.
Régions les plus exposées : Nord-Est et Centre-Sud
Les deux risques ne se répartissent pas de la même façon en France hexagonale. La hausse des températures moyennes est plus marquée dans le Nord et l'Est. Les jours de très forte chaleur se concentrent dans le Centre et le Sud.
Une entreprise du Grand Est et une entreprise de Provence peuvent donc toutes deux être jugées exposées, mais pour des raisons différentes. L'effet sur leur crédit n'a pas la même durée.
Comment les banques ajustent leurs financements
Moins de crédits à long terme, plus de crédits à court terme
Dans certains secteurs, les banques réduisent davantage les crédits à moyen et long terme et maintiennent une part plus importante de financements à court terme. Le prêteur limite ainsi la durée pendant laquelle il porte un risque qu'il juge croissant. Pour l'entreprise, une durée de remboursement d'emprunt plus courte signifie des échéances plus lourdes, et un investissement plus difficile à amortir.
La notation de crédit ne mesure pas ce risque
La notation de crédit est la note qui évalue la capacité d'une entreprise à rembourser ses dettes. Les auteurs ont refait leurs calculs en tenant compte de cette note : l'effet de la température reste pratiquement inchangé. Les notations traditionnelles ne captent donc pas entièrement ce risque.
Les banques utiliseraient des informations complémentaires, ou anticiperaient déjà l'évolution future du risque plutôt que de s'en tenir aux comptes passés. Une entreprise aux ratios solides peut ainsi voir son crédit freiné si son activité est exposée à la chaleur.
Prêts d'adaptation à la chaleur : un effet déjà inclus dans la baisse
L'effet mesuré est un solde. D'un côté, la perception d'un risque accru réduit le crédit. De l'autre, les banques peuvent financer davantage les investissements d'adaptation : isolation, climatisation, réorganisation de la production. Sur 2011-2023, l'effet négatif domine.
La baisse de 4.4 à 5.2 points tient déjà compte des prêts accordés pour s'adapter à la chaleur. Elle pourrait se réduire si ces investissements d'adaptation se développent.
Demande de crédit professionnel en zone exposée : les points à préparer
Un dossier de crédit doit désormais traiter l'exposition au climat, que le bilan ne montre pas. Quatre points méritent une attention particulière :
- la description de l'exposition de l'entreprise à la chaleur et des mesures déjà prises ;
- la présentation, quand c'est pertinent, de l'investissement d'adaptation comme objet même du financement ;
- un test de trésorerie avec une durée de prêt plus courte que prévu, donc des échéances plus élevées ;
- le recours à d'autres sources de financement des entreprises, comme le crédit-bail (location d'un équipement avec option d'achat en fin de contrat).
Un dossier complet, qui répond à la question climatique avant que la banque ne la pose, aide aussi à obtenir un prêt professionnel rapidement. En cas de refus, la médiation du crédit aux entreprises, un service public gratuit rattaché à la Banque de France, peut être saisie pour rouvrir le dialogue avec la banque.
Questions fréquentes sur le climat et le crédit aux entreprises
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